Hum 1re – Cours du 12 octobre : Corrigé du sujet d’entraînement n°1

Cicéron, Sur l’orateur, I, 46 (Manuel Nathan, p. 37)

« Rappelons-nous qu’il ne s’agit pas ici d’un de ces harangueurs obscurs, d’un de ces vils déclamateurs du barreau : nous cherchons un homme qui excelle dans cet art sublime dont on s’est fait une si haute idée, que bien que la nature en eût mis seule le germe dans nos âmes, nous avons mieux aimé en faire honneur à un dieu, afin que cette brillante faculté semblât moins le fruit de nos efforts que le résultat d’une inspiration divine; nous cherchons un homme qui, mieux défendu par le seul titre d’orateur que par un caducée, puisse s’avancer sans rien craindre au milieu d’une armée ennemie ; qui sache, sans autres armes que celles du génie et de l’éloquence, livrer le crime et la perfidie à l’indignation publique et au glaive des lois, ou faire triompher l’innocence injustement accusée ; un homme qui puisse réveiller une nation engourdie, relever son courage abattu, la retirer de l’erreur, l’enflammer contre les méchants, ou l’apaiser et l’intéresser en faveur des bons; un homme enfin qui, selon que sa cause le demande, sache à son gré soulever ou calmer les passions dans l’âme de ses auditeurs.

Se figurer que les rhéteurs aient jamais dévoilé le secret d’une semblable éloquence, ou que je puisse moi-même le faire en si peu de mots, ce serait se tromper étrangement, et mal connaître mon insuffisance et la grandeur d’un tel sujet. Pour moi, cédant à vos instances, j’ai essayé de vous faire connaître les sources où vous pourriez puiser, et les routes qu’il vous faudrait suivre ; mais je n’ai pas prétendu vous mener moi-même jusqu’au but : ce serait prendre une peine infinie et superflue. J’ai voulu seulement vous indiquer la route comme à des voyageurs, et du doigt vous montrer de loin les sources. »

Question d’interprétation littéraire

En quoi ce texte est-il un exposé et une illustration de l’art oratoire ?

Corrigé

L’art oratoire est primordial en Grèce et en Rome antique pour plusieurs raisons. La première est que la citoyenneté implique de pouvoir prendre la parole en public, que ce soit pour proposer des lois dans le cadre de la Boullè ou pour se prononcer en faveur ou en défaveur de leur adoption dans le cadre de l’Ecclesia. La seconde est que les citoyens devaient assurer leur propre défense pendant un procès, le métier d’avocat n’existant pas. Des professionnels de cet art se développent alors et des ouvrages en faisant la théorie sont diffusés. Ainsi Cicéron prononce-t-il un discours intitulé Sur l’orateur qui sera mis par écrit. Dans ce texte, Cicéron traite des qualités de l’orateur idéal tout en mettant en œuvre un certain nombre de ses qualités : son discours est donc à la fois un exposé et une illustration de l’art oratoire.

Dans un premier temps, Cicéron nous livre un exposé sur l’art oratoire. Il livre une série de qualités qu’il attribue à l’orateur excellent dans une énumération allant des lignes 2 à 12 : cet homme est courageux (« puisse s’avancer (…) ennemie), est soucieux de justice (« qui sache (…) accusée »), sait galvaniser les foules et aider ceux qui l’écoutent à choisir le bien (« puisse (…) dans l’âme de ses auditeurs »). L’orateur idéal se présente donc comme celui qui sait convaincre autant que persuader : il sait « enflammer » mais aussi « calmer les passions » au besoin. Cicéron oppose à cet orateur « sublime » les « harangueurs obscurs », les « vils déclamateurs », et les « rhéteurs », les associant à des connotations négatives. Pourtant, il précise que l’art oratoire est le fruit d’efforts autant qu’il dépend de « l’inspiration ». Il ne s’identifie pas lui-même à l’orateur parfait, usant des métaphores filées de la source (« sources », « puiser » et du chemin (« route », « suivre ») pour indiquer qu’il n’est qu’un guide et non un exemple.

Par ailleurs, Cicéron illustre l’art dont il présente les règles en usant de figures de styles et d’artifices rhétoriques lui-même. La figure de style dominante est l’hyperbole : l’art oratoire est « sublime » et a partie liée avec les dieux ; l’orateur recherché est « excellent » et a pour arme le « génie ». Il se dresse face à « l’innocent injustement accusé », au « crime » et à « la perfidie » : l’usage des déterminants définis généralise le propos de Cicéron jusqu’à transformer ces idées abstraites en allégorie dans « le glaive des lois ». L’homme recherché par Cicéron est d’ailleurs la personnification allégorique de l’éloquence. Ses qualités sont énumérées pendant la majeure partie du premier paragraphe ; elles sont exposées au moyen d’une anaphore lexicale en « un homme qui » et syntaxique (utilisation de propositions relatives : « qui »…). Une autre énumération est enchâssée dans la première aux lignes 10 à 12, de « réveiller » à « auditeurs ». Cicéron nous propose donc un discours structuré, dont l’écoute est guidée par les énumérations et anaphores et qui capte l’attention de son auditeur (captatio benevolentiae) par l’exagération en négatif ou en positif.

Dans ce texte, Cicéron traite tout autant de l’art oratoire qu’il le met en pratique. Ce faisant, il pourrait lui-même se montrer en orateur idéal. Il s’en abstient apparemment puisqu’il use de l’artifice rhétorique de l’excusatio en atténuant son propre talent : il ne fait que montrer le chemin aux autres. Pourtant, à travers cette excusatio même, il fait preuve de sa maîtrise des ficelles de l’éloquence et reste, deux mille ans après sa mort, l’exemple le plus illustre de l’orateur « sublime » et « excellent ».

Hum 1re – Cours du 12 octobre : Les figures de style du discours

Figures du rythme : aposiopèse

Figures de la répétition du son : paronomase, assonnance, allitération

Figures de répétition du sens : anaphore, épiphore, symploque, anadiplose

Figures d’intensité : hyperbole

Figures de structuration du discours : énumération, gradation, parallélisme, connecteurs logiques

Hum 1re – Cours du 4 octobre : Méthodologie de la question d’interprétation littéraire

METHODOLOGIE DE L’EXERCICE D’INTERPRETATION LITTERAIRE

  1. Lire le texte
  2. Première possibilité : souligner de couleurs différentes les idées principales, les idées secondaires, les exemples…

Deuxième possibilité : lire la question et sélectionner dans le texte ce qui est en rapport avec cette question

Troisième possibilité : faire les deux  

Nota Bene : Si on ne comprend pas la question, relever les termes importants et les définir (ex : art oratoire, exposé, illustration)

Nota Bene : SI on ne comprend pas le texte, 1) on isole les mots compliqués et on les définit 2) on repère les idées complexes et on cherche leurs liens 3) on reformule le texte sous forme de mini-résumé et on relit et analyse les passages que l’on n’arrive pas à résumer

  • Mettre au brouillon les pistes de réponses à la question (au moins 2, 6 maximum) en les mettant en lien avec des passages précis du texte (conseil : noter la ligne)
  • Trouver au moins 2 parties en organisant les réponses par partie et prévoir des sous-parties (au brouillon)
  • Rédiger avec l’intro et la ccl en pensant à mettre un exemple par sous-partie

Hum et Fr 1re – Sortie au théâtre : Bertold Brecht, La Vie de Galilée au théâtre de La Scala à Paris

Un extrait de la pièce (acte I, scène 1) :

ANDREA
“Qu’est-ce que c’est ?”
GALILEE
“Un astrolabe ; l’objet montre comment,
d’après les anciens, les astres se déplacent autour de
la terre.”
ANDREA
“Et comment ?”
GALILEE
“Etudions-le. Premièrement, premier point : description.”
ANDREA
“Au milieu, il y a une petite pierre.”
GALILEE
“C’est la terre.”
ANDREA
“Tout autour, toujours l’un par-dessus l’autre, des anneaux.”
GALILEE
“Combien ?'”
ANDREA
“Huit.”
GALILEE
“Ce sont les sphères de cristal.”
ANDREA
“Sur les anneaux sont fixés des boules…”
GALILEE
“Les astres.”
ANDREA
“Il y a aussi des rubans et dessus des mots peints.”
GALILEE
“Quels mots ?”
ANDREA
“Des noms d’étoiles.”
GALILEE
“Comme par exemple ?”
ANDREA
“La boule tout en bas, c’est la lune, c’est écrit. Et au-dessus il y a le soleil.”
GALILEE
“Et maintenant, fais tourner le soleil.”
ANDREA, met en mouvement les sphères.
“C’est beau. Mais nous sommes si à l’étroit.
GALILEE, en s’essuyant.
“Oui, j’ai ressenti ça aussi quand j’ai vu l’objet pour la première fois. D’autres le ressentent. Il lance la serviette à Andrea pour qu’il lui frotte le dos. Des murs, des sphères et l’immobilité ! Durant deux mille ans, l’humanité a cru que le soleil et tous les corps célestes tournaient autour d’elle. Le pape, les cardinaux, les princes, les savants, les capitaines, les marchands, les poissonnières et les écoliers, tous croyaient être immobiles dans cette sphère de cristal. Or maintenant, nous gagnons le large, Andrea, le grand large. Car l’ancien temps est passé, et voici un temps nouveau. Cela fait cent ans que l’humanité semble attendre quelque chose.
Les villes sont étroites et les têtes le sont aussi. Peste et superstition. Or voici qu’on dit désormais : puisqu’il en est ainsi, qu’il n’en soit plus ainsi. Car tout bouge, mon ami. Il me plaît de penser que tout a commencé avec les bateaux. De mémoire d’homme, ils n’avaient fait que ramper le long des côtes et soudain ils les ont délaissés pour s’en aller par toutes les mers.
Sur notre vieux continent, une rumeur est née : il y aurait d’autres continents. Et depuis que nos bateaux s’y rendent, le bruit court par les continents hilares que le grand océan redouté est une flaque d’eau. Et voici qu’un grand désir est advenu d’explorer les causes de toutes choses : pourquoi tombe la pierre qu’on laisse échapper, et comment s’élève-t-elle quand on la jette en l’air ? Chaque jour connaît sa découverte. Même les vieillards centenaires se font crier par les jeunes à l’oreille ce qu’on a découvert de neuf.
Il a été trouvé beaucoup déjà, mais davantage encore peut l’être. Et ainsi toujours il y a de quoi faire pour les générations nouvelles.
A Sienne, étant jeune, j’ai vu des gens du bâtiment changer, après une discussion de cinq minutes, une coutume millénaire de déplacer les blocs de granit grâce à un agencement nouveau et plus efficace des cordages. Là, en cet instant-là, je l’ai su : l’ancien temps est passé, voici un temps nouveau. Bientôt l’humanité saura ce qu’il en est de sa demeure, ce corps céleste où elle réside. Ce qui est écrit dans les livres anciens ne lui suffit plus.
Car là où la croyance était installée depuis mille ans, là maintenant le doute s’installe…”

Hum 1re : Cours du 27 septembre – Le discours du Vel d’Hiv

La vidéo d’archive du discours est à voir sur le lien suivant : https://www.ina.fr/video/CAB95040420

Sur la genèse et construction du discours de Jacques Chirac de 1995 à propos de la rafle du Vel d’Hiv, vous pouvez visionner cette série de vidéos du Mémorial de la Shoah :

Hum 1re – Cours du 20 septembre : Podcast sur Demosthène

Une émission de France Culture consacrée à Démosthène :

https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/actualite-de-demosthene

En voici le programme :

“En 1926, Georges Clemenceau, alors âgé de 84 ans, rédigea, pour l’offrir à Marguerite Baldensperger, son ultime amour, un essai consacré à Démosthène. Après d’autres, il donnait à Démosthène la figure du dernier grand homme d’Athènes avant que ne disparut sa liberté du fait des conquêtes de Philippe II, roi de Macédoine, et de l’empire créé par le fils de celui-ci, Alexandre le Grand. Ce portrait, peint avec une verve juvénile, se fondait sur une assimilation historique implicite mais limpide avec lui-même, pourfendeur des défaitistes de 1917. Entendez au premier rang Joseph Caillaux, coupable, aux yeux du Tigre, d’avoir songé à accepter des concessions envers l’envahisseur allemand. Et Clemenceau de stigmatiser la faiblesse du peuple athénien, n’apportant au courage du leadeur qu’un soutien insuffisant et intermittent. Il ajoutait, en conclusion de son livre : « Quand Denys d’Halicarnasse nous donne Démosthène pour le plus grand orateur de tous les temps, je me permets de trouver la louange insuffisante, puisque la parole ne peut être que vain bruit sans l’action. Au sens achevé du mot, Démosthène fut un homme. C’est assez. À y bien regarder, c’est beaucoup. »

Voilà bien qui provoque l’envie de considérer de plus près si cet enthousiasme est fondé et surtout ce qu’a pu être naguère et ce que peut être aujourd’hui l’actualité de cet homme-là, entre les complexités de sa trace et les déformations de tel ou tel mythe, positif ou négatif, qui accompagnent de longue main sa mémoire. Patrice Brun , professeur à l’Université de Bordeaux Montaigne, qu’il a naguère présidée, s’apprête à en proposer une importante biographie, et il va nous offrir ce matin la primeur de ses analyses et des ses réflexions. Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore :

– Extrait d’une causerie de Jacqueline de ROMILLY , consacrée à la démocratie athénienne et à ses institutions, dans l’émission Heure de culture française , le 22 janvier 1952.

– Lecture d’un extrait de l’Eloge du logos d’ISOCRATE , dans le cadre de l’émission Le cercle des médiologues de Jean-Marc de BIASI et Régis DEBRAY, diffusée sur France culture, le 28 avril 2002.

– Lecture d’un extrait de Contre Midias de DEMOSTHENE , par Daniel MESGUICH dans Les après-midi de France culture , le 15 décembre 1975.

– Lecture d’un extrait de la Troisième Philippique de DEMOSTHENE , par Jean-Pierre LEROUX dans Les Lundis de l’Histoire de Jacques LE GOFF, sur France culture le 18 décembre 1995.

– Régis DEBRAY s’exprimant sur l’éloquence , dans l’émission Le cercle des médiologues sur France culture, le 28 avril 2002.

Bibliographie :

– Pierre CARLIER, Démosthène , Fayard, 1990.

– Claude MOSSÉ, Démosthène. Ou les ambiguïtés de la politique , Armand Colin, 1994.

– PLUTARQUE, Vies parallèles , coll. Quarto, Gallimard, 2002 (trad. par Anne-Marie OZANAM).”