Philo Ter – Cours du 6 avril : Les guerres sont-elles naturelles ?

Photo de la guerre d’Espagne, 1936, par Capa

Ebauche de plan pour le sujet de dissertation : Toutes les guerres sont-elles naturelles ?

  1. Oui, les guerres sont naturelles
    – Hobbes, dans le Léviathan, affirme que l’état de nature, c’est guerre de tous contre tous. « L’homme est un loup pour l’homme ».
  2. Non, les guerres ne sont pas toutes naturelles
    – Rousseau, Du contrat social : à l’état de nature, l’homme vit à l’état sauvage et est un « bon sauvage ». S’il y a une guerre, c’est à cause de la culture.
  3. Les guerres sont le plus souvent artificielles
    – Exemple historique : Déclaration de guerre à l’Irak par les Etats-Unis passe par la création de toutes pièces d’un motif d’attaque, à savoir la présence d’armes dans ce pays.
    – Ex : La fable de La Fontaine, « Le loup et l’agneau ».

Philo Ter – Cours du 30 mars : La liberté est-elle une conquête de l’esprit ?

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple (Paris, Musée du Louvre)

Corrigé de dissertation : La liberté est-elle une conquête de l’esprit ?

  1. La liberté => notion au programme avec nature, justice, art, vérité, religion, technique
  2. Esprit => notion philosophique, abstraite, qui n’est pas facile à définir
  3. Conquête => à regarder pour la 3e partie ? = acquérir quelque chose qu’on n’avait pas avant (ex : gain de territoires, séduction), avoir un objectif à atteindre, qui est d’acquérir qqch.  

Question fermée => oui ou non

Pistes de réponse :

  1. Oui, la liberté est une conquête de l’esprit/conquise par l’esprit
  2. Réfléchir à ce qu’on veut pour accepter ce qu’on vit

Ex : dans le contexte actuel, accepter ce qu’on vit signifie accepter de sacrifier quelques libertés du corps pour le bien commun

  1. Non, la liberté n’est pas une conquête de l’esprit
  2. Pour être vraiment libre, il faut que la liberté concerne le corps et l’esprit

Ex : dans le contexte actuel, on entend parfois que les mesures sanitaires sont liberticides (de déplacement, de rassemblement => du corps)

Comment comprendre le sujet ?

On prend le contraire ou un synonyme d’un mot qui pose pb, ici esprit => à remplacer par corps

La liberté est-elle une conquête du corps ? ou La liberté concerne-t-elle le corps ?

  • Liberté de déplacement pour le corps ; liberté de pensée/d’opinion/d’expression pour l’esprit
  • Pour la liberté du corps : s’y opposent des interdictions, des restrictions de déplacement sous peine d’amende (135€)
  • Pour la liberté de l’esprit : s’y opposent la censure dans les journaux, dans un pays avec un régime dictatorial via la propagande => liberté d’opinion et d’expression sont deux choses différents

D’où la liberté de pensée est impliquée par ce sujet : ce serait la vraie liberté ; la fausse liberté, c’est celle du corps.

Lien avec la philosophie des stoïciens pour lesquels il y a ce qui dépend de nous (du côté de l’esprit) et ce qui ne dépend pas de nous (du côté du corps : les richesses, la gloire, les biens matériels) => pour les stoïciens, la vraie liberté est la liberté de l’esprit car c’est la seule qui dépend de nous, qui soit en notre pouvoir.

Dans le contexte actuel, la seule vraie liberté/ la seule liberté qui semble demeurer, c’est celle de l’esprit. On peut se sentir libre néanmoins parce que notre corps n’est totalement entravé.

Voici l’enregistrement audio de la séance :

Pour la semaine prochaine : trouver une 3e partie avec un argument et un exemple.

Philo Ter – Cours du 25 mars : L’état de nature selon Hobbes et Rousseau

Hobbes et Rousseau imaginent l’état de nature. Il ne faut pas confondre état de nature et Préhistoire.

Hobbes, Leviathan (frontispice) : « l’homme est un loup pour l’homme » => loi du plus fort qui donne raison à celui qui est le plus puissant. Ce qui fait la puissance des hommes dans l’état de nature, c’est la force physique. L’état de nature dégénère en « guerre de tous contre tous ». L’état de nature doit laisser la place à un accord entre les hommes : le contrat social. L’homme est naturellement mauvais.

Rousseau, Du contrat social : l’homme est naturellement bon mais les denrées, biens, terres ne sont pas illimitées. La volonté de s’approprier des choses va entraîner des conflits, qui vont obliger à trouver des accords.

= philosophes du droit naturel

On oppose la nature à la convention, voire la culture. Pour Rousseau, la culture présente le risque de corrompre la nature humaine, qui est bonne selon lui.

Dissertation pour la prochaine fois : L’homme est-il naturellement bon ?

Philo Term techno – Atelier du 01/02 : La liberté

Texte de Spinoza sur l’âne(sse) de Buridan :

« On peut […] objecter que, si l’homme n’opère pas par la liberté de la volonté, qu’arrivera-t-il donc s’il est en équilibre, comme l’ânesse de Buridan ? Mourra-t-il de faim et de soif ? Que si je l’accorde, j’aurai l’air de concevoir une ânesse, ou une statue d’homme, non un homme ; et si je le nie, c’est donc qu’il se déterminera lui-même, et par conséquent c’est qu’il a la faculté d’aller, et de faire tout ce qu’il veut. […] J’accorde tout à fait qu’un homme placé dans un tel équilibre (j’entends, qui ne perçoit rien d’autre que la soif et la faim, tel aliment et telle boisson à égale distance de lui) mourra de faim et de soif. S’ils me demandent s’il ne faut pas tenir un tel homme pour un âne plutôt que pour un homme ? je dis que je ne sais pas, pas plus que je ne sais à combien estimer celui qui se pend, et à combien les enfants, les sots, les déments, etc. » (tr. fr. Bernard Pautrat, p. 191 et 195.)

Méthodo du commentaire de texte

1 – Repérer les mots de liaisons, les connecteurs logiques => identifier la stratégie argumentative (exemples : par conséquent, de plus, néanmoins, in fine (en définitive), en outre, mais, donc, et, or, car, premièrement, deuxièmement… + il est vrai que, il est évident que, je crois que, je pense que)

Dans le texte de Spinoza : on peut objecter que, si, donc si, si, si, donc, par conséquent, j’accorde tout à fait, (), j’entends que, s’, s’, je dis que je ne sais pas, pas plus que

Stratégie argumentative : considérer les objections de l’adversaire, faire une ou des concession(s), rattaquer avec une définition/compréhension avec une honnêteté intellectuelle (Socrate : je sais que je ne sais rien) et en faisant une comparaison

2 – Repérer les mots clés : notions (ex : art, liberté, imitation…), leurs contraires (ex : asservissement, contrainte, création), mots répérés

Ici, le thème = liberté par opposition à celle de l’animal

3 – Dire ce qui est étrange, difficile et essayer de comprendre d’où ça vient => proposer une solution pour comprendre

Philo Term techno – Atelier du 25 janvier : L’imitation selon Aristote et Hegel

Aristote

“À l’origine de l’art poétique dans son ensemble, il semble bien y avoir deux causes, toutes deux naturelles.
 Imiter est en effet, dès leur enfance, une tendance naturelle aux hommes – et ils se différencient des autres animaux en ce qu’ils sont des êtres fort enclins à imiter et qu’ils commencent à apprendre à travers l’imitation – comme la tendance commune à tous, de prendre plaisir aux représentations; la preuve en est ce qui se passe dans les faits : nous prenons plaisir à contempler les images les plus exactes de choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, comme les formes d’animaux les plus méprisés et des cadavres. Une autre raison est qu’apprendre est un grand plaisir non seulement pour les philosophes, mais pareillement aussi pour les autres hommes – quoique les points communs entre eux soient peu nombreux à ce sujet. On se plaît en effet à regarder les images car leur contemplation apporte un enseignement et permet de se rendre compte de ce qu’est chaque chose, par exemple que ce portrait-là, c’est un tel; car si l’on se trouve ne pas l’avoir vu auparavant, ce n’est pas en tant que représentation que ce portrait procurera le plaisir, mais en raison du fini dans l’exécution, de la couleur ou d’une autre cause de ce genre.
 L’imitation, la mélodie et le rythme (car il est évident que les mètres sont une partie des rythmes ) nous étant naturels, ceux qui à l’origine avaient les meilleures dispositions naturelles en ce domaine, firent peu à peu des progrès, et à partir de leurs improvisations, engendrèrent la poésie. Mais la poésie se divisa suivant le caractère propre à chacun; ceux qui avaient une âme noble imitaient les belles actions et celles de leurs pareils, ceux qui étaient plus vulgaires imitaient les actions des hommes bas, en composant d’abord des blâmes, tout comme les autres composaient des hymnes et des éloges ».
  Poétique, IV, 1448 b, trad. M. Magnien, Le Livre de poche classique, 2002, pp. 88-89.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel

Quel but l’homme poursuit-il en imitant la nature ? Celui de s’éprouver lui-même, de montrer son habileté et de se réjouir d’avoir fabriqué quelque chose ayant une apparence naturelle. (…) Mais cette joie et cette admiration de soi-même ne tardent pas à tourner en ennui et mécontentement, et cela d’autant lus vite et plus facilement que l’imitation reproduit plus fidèlement le modèle naturel. Il y a des portraits dont on a dit assez spirituellement qu’ils sont ressemblants jusqu’à la nausée. D’une façon générale, la joie que procure une imitation réussie ne peut être qu’une joie très relative, car dans l’imitation de la nature le contenu, la matière sont des données qu’on a que la peine d’utiliser. L’homme devrait éprouver une joie plus grande en produisant quelque chose qui soit bien de lui, quelque chose qui lui soit particulier et dont il puisse dire qu’il est sien. Tout outil technique, un navire par exemple ou, plus particulièrement, un instrument scientifique doit lui procurer plus de joie, parce que c’est sa propre ?uvre, et non une imitation. Le plus mauvais outil technique a plus de valeur à ses yeux ; il peut être fier d’avoir inventé le marteau, le clou, parce que ce sont des inventions originales, et non imitées. L’homme montre mieux son habileté dans des productions surgissant de l’esprit qu’en imitant la nature.”

Hegel, Esthétique, trad. S. Jankélévitch, Paris, Flammarion, p. 35-37

L’imitation peut-elle être créatrice ?

  1. Non, l’imitation n’est pas créatrice

Ex : Michel Houellebecq, Les particules élémentaires : a recopié des pages de Wikipedia, il a donc été accusé de plagiat

Ex : les faussaires de tableau : mettent leur art de l’imitation au service du mensonge, ce n’est pas de la création

Ex : Hegel, Esthétique : l’imitation n’est pas créatrice, c’est l’invention technique qui est créatrice (ex : le clou, le marteau)

  1. Oui l’imitation est créatrice

Ex : Monet imite la nature pour créer des toiles, par ex Le pont japonais de son jardin de Giverny (mais c’est un paysage qu’il a lui-même créé) => art figuratif

Ex : Aristote, Poétique -> imitation est au cœur de la représentation artistique, notamment en peinture (ex : cadavre) et elle permet de trouver beau ce qui est laid dans la réalité

Ex : Rembrandt et la carcasse de bœuf ou la dissection (XVIIe s.)

  1. L’imitation permet l’innovation, la créativité

Ex : mèmes qui produisent un nouveau sens à partir de l’imitation d’un contenu existant

Ex : au Moyen Age, l’artiste est celui qui imite en changeant un élément (troubadours)

Philo Term techno – Atelier du 18 janvier : L’art (1)

Entraînement à la dissertation à partir du sujet suivant :

L’imitation peut-elle être créatrice ?

  1. Déterminer le type de plan

Si c’est une question fermée = réponse par oui/non => plan dialectique : 1) thèse 2) antithèse 3) synthèse (astuce = changer la définition d’un méthodo)

Si c’est une question ouverte = plusieurs réponses possibles

2. Analyse du sujet

Trouver les mots importants du sujet : imitation, création
Définir ces mots :
Imitation : Reproduction fidèle d’une chose/d’un être existant (exemple : art au sens du dessin, qui est souvent figuratif, par opposition à l’art abstrait => Monet, quais de Seine et portraits de Picasso)
– Mimèsis chez Aristote dans la Poétique : il se demande si l’art (ici le théâtre) imite la vie ; selon lui, le théâtre imite la vérité, c’est-à-dire ce que les choses devraient être
Création : 1) le travail de l’artiste 2) le résultat de ce travail 3) le fait de produire, de fabriquer quelque chose de nouveau

Philo Gen&Tech – Cours du 14 janvier : Programme de révisions

Programme de révisions Terminales générales

ThèmesNotionsCalendrier de révisions

L’existence humaine et la culture  



        La morale et la politique      


La connaissance  
La conscience
L’inconscient
Le temps    L’art
Le bonheur
La liberté 
Le devoir


L’État
La justice
Le travail 

Le langage
La nature
La raison
La religion
La science
La technique
La vérité  
Septembre-novembre
Septembre-novembre
Décembre
Semaine du 11 janvier
Semaine du 18 janvier
Semaine du 25 janvier
Semaine du 1er février  

Semaine du 8 février
Semaine du 1er mars
Semaine du 8 mars


Semaine du 15 mars  
Semaine du 22 mars
Semaine du 29 mars
Semaine du 5 avril
Semaine du 12 avril
Semaine du 3 mai
Semaine du 10 mai
   

Programme de révisions Terminales technologiques

NotionsCalendrier de révisions
   L’art   
La liberté
La justice   
La nature
La religion
La technique
La vérité
Semaine du 11 janvier et semaine du 18 janvier
Semaine du 25 janvier et semaine du 1er février
Semaine du 8 février et semaine du 1er mars
Semaine du 8 mars et semaine du 15 mars
Semaine du 22 mars et semaine du 29 mars
Semaine du 5 avril et semaine du 12 avril
Semaine du 3 mai et semaine du 10 mai

Philo Ter – Cours du 14 décembre : Intro et textes sur le temps

1er texte étudié : Texte de Saint Augustin sur le temps, tiré des Confessions, livre XI

2e texte étudié : Texte extrait de L’évolution créatrice de Henri Bergson sur le temps et la durée

C’est justement cette continuité indivisible de changement qui constitue la durée vraie. Je ne puis entrer ici dans l’examen approfondi d’une question que j’ai traitée ailleurs. Je me bornerai donc à dire, pour répondre à ceux qui voient dans cette durée “réelle” je ne sais quoi d’ineffable et de mystérieux, qu’elle est la chose la plus claire du monde : la durée réelle est ce que l’on a toujours appelé le temps, mais le temps perçu comme indivisible. Que le temps implique la succession, je n’en disconviens pas. Mais que la succession se présente d’abord à notre conscience comme la distinction d’un “avant” et d’un “après” juxtaposés, c’est ce que je ne saurais accorder. Quand nous écoutons une mélodie, nous avons la plus pure impression de succession que nous puissions avoir – une impression aussi éloignée que possible de celle de la simultanéité – et pourtant c’est la continuité même de la mélodie et l’impossibilité de la décomposer qui font sur nous cette impression.
     Si nous la découpons en notes distinctes, en autant d'”avant”, et d'”après” qu’il nous plaît, c’est que nous y mêlons des images spatiales et que nous imprégnons la succession de simultanéité : dans l’espace, et dans l’espace seulement, il y a distinction nette de parties extérieures les unes aux autres. Je reconnais d’ailleurs que c’est dans le temps spatialisé que nous nous plaçons d’ordinaire. Nous n’avons aucun intérêt à écouter le bourdonnement ininterrompu de la vie profonde. Et pourtant la durée réelle est là. C’est grâce à elle que prennent place dans un seul et même temps les changements plus ou moins longs auxquels nous assistons en nous et dans le monde extérieur. Ainsi, qu’il s’agisse du dedans ou du dehors de nous ou des choses, la réalité est la mobilité même. C’est ce que j’exprimais en disant qu’il y a du changement, mais qu’il n’y a pas de choses qui changent.

BERGSON
La perception du changement, P.U.F. éd., p. 166

Et voici l’enregistrement des 2 heures de cours sur le temps :